Le Soir | Nathalie Cobbaut

Journal Le Soir du 27 janvier 2005 – page 8

Olivier Delhaye : créer une maison qui évolue avec ses besoins et ses moyens

Un architecte a créé sa propre maison qui est aussi sa carte de visite professionnelle, ainsi qu’un exemple de coexistence de lieux de travail et d’espaces privés. nathalie cobbautLes éléments à la base du projet d’Olivier Delhaye, architecte : un budget serré, un terrain à forte déclivité, le long d’une route, combinés avec une recherche d’espace et de lumière. Mais ce qui caractérise fondamentalement cette création, c’est la farouche volonté de son concepteur d’imaginer une habitation susceptible d’évoluer au gré de ses besoins, de ses envies.

Ce jeune architecte, ayant d’abord travaillé pour d’autres, cherchait depuis quelque temps à investir dans la brique. D’abord tourné vers l’achat d’un bâtiment à rénover, les hasards de la vie le conduisent à envisager l’acquisition d’un terrain afin d’y construire du neuf. L’idée était de concevoir un bâtiment permettant d’accueillir non seulement mon activité professionnelle et mon habitation, mais également un espace destiné aux activités d’un cabinet de kinésithérapie. Déjà ces données-là de la question demandaient un effort d’imagination particulier. D’autant que, dans le futur, cette configuration pourrait être appelée à se modifier, le cabinet de kiné étant à terme voué à se transformer en chambres d’enfants. D’une manière générale, il me semble important de pouvoir imaginer un lieu de vie susceptible d’évoluer au gré des nécessités, de la vie qui change, de l’âge des membres d’une famille, de leurs besoins ou envies.

Par ailleurs, comme c’est souvent le cas, le terrain a constitué un élément important dans cette recherche relative à l’implantation du bâtiment et des différentes fonctions qui lui étaient assignées. J’ai été attiré par ce terrain à forte déclivité pour son prix, sa localisation, alors qu’il présentait de prime abord des défauts apparents : une pente colossale, un terrain fortement boisé, le fait d’être situé le long d’une route avec un passage assez important. Il a fallu en tenir compte.

Deux rectangles

Résultat de ces contraintes : une habitation qui se décompose en deux volumes de même gabarit. Deux parallélépipèdes rectangles, présentant chacun deux étages, encadrés par deux murs d’enceinte en pierres de béton. L’un situé le long de la route, pour abriter du regard des passants les espaces de vie privée ; l’autre dans la pente du terrain, destiné à cacher la vue sur une maison en contrebas assez disgracieuse et à créer un espace privatif dans le jardin.

Le premier de ces rectangles implanté à front de rue accueille donc le bureau d’architectes qui dispose de sa propre entrée, centrale. Un espace sobre pouvant accueillir salle de réunion, tables de travail et kitchenette, alternant des surfaces vitrées généreuses et des ouvertures verticales qui rythment cette façade et que l’on retrouve ailleurs. Un espace qu’Olivier Delhaye a d’emblée conçu pour être facilement transformable en appartement deux chambres, si un déménagement intervenait dans quelques années.

À l’étage du dessous, auquel on accède par un chemin propre, situé sur la droite de l’habitation : le cabinet de kiné, constitué de deux pièces fermées et d’un espace modulable grâce à des panneaux pivotants. Là encore, le souci permanent de l’architecte a été de rechercher des possibilités d’adaptation des espaces aux besoins présents et à venir.

Un patio extérieur

Le second parallélépipède en net recul par rapport à la voirie constitue pour sa part le lieu qui abrite les espaces privés. Profitant de ce recul et créant ainsi un accès propre à la fonction « habitation » (cette fois sur la gauche du mur d’enceinte érigé à front de rue), Olivier Delhaye a imaginé d’aménager un patio en excavant une partie des terres de la pente afin d’y créer un bassin destiné à recueillir les eaux de pluie. Avec, comme corollaire, la possibilité de profiter de l’effet miroir de l’eau et d’apporter ainsi de la luminosité aux pièces situées en sous-sol.

De ce patio extérieur en guise de hall d’entrée, on emprunte une volée de marches illuminée par un éclairage indirect en provenance des contremarches, pour accéder au salon, cuisine, salle à manger, trois en un. Le tout conçu dans un espace de 55 m2 qui, grâce à des différences dans les hauteurs de plafond et un important apport de lumière, jouit d’une réelle impression d’espace. Le salon, dont la vue donne sur le terrain en contrebas, est spacieux et confortable. Faisant la jonction entre cet espace cosy et la salle à manger destinée à accueillir les repas, un vaste plan de travail en bois foncé fait la transition.

Comme l’explique l’architecte, Mon idée était d’avoir non seulement une cuisine ouverte dans un minimum d’espace, imaginée à l’économie comme dans les cuisines de bateau que je connais bien, en tant que passionné de voile, mais qui fasse la jonction entre les espaces salon et salle à manger. Une dynamique qui fonctionne bien et qui rappelle l’organisation des maisons d’il y a une centaine d’années où la famille se réunissait autour de l’âtre, y préparait les repas et mangeait sur la table de la cuisine.

À l’étage inférieur adossé à la pente, la chambre à coucher qui jouit d’une vue imprenable sur les arbres du jardin et d’un apport de lumière en phase avec la progression du soleil. Attenants, la salle de bains et le dressing.

Solaire et domotique

Au coeur de cet espace en sous-sol, le centre névralgique des techniques, avec l’installation de chauffage combinant chaudière à gaz et boiler solaire, et l’installation domotique, permettant la commande des fonctions électriques, de chauffage, ainsi que des alarmes et la détection de présence dans le bâtiment.

La volonté de l’architecte est d’inscrire le bâtiment dans une démarche tenant compte du développement durable, ce qui l’a amené à choisir scrupuleusement les techniques de construction mises en oeuvre et les matériaux utilisés.

Surprenant, mais logique, selon Olivier Delhaye, cette maison ressemble en fait aux maisons érigées au début du siècle passé, avec des murs porteurs extérieurs très épais et une structure bois pour délimiter les étages, comme dans les anciennes maisons. Le choix des matériaux (des blocs de béton cellulaire, des vitrages super isolants, du bois pour les gîtages, les planchers, les châssis) a été également étudié de près. Enfin une étude bioclimatique de la maison, alliant des toitures plates isolées à la laine minérale, de larges baies pour un éclairage naturel optimal et une partie « nuit » partiellement enterrée afin d’éviter les déperditions thermiques, achève de donner à cette habitation son caractère abouti sur le plan de la réflexion, alors même qu’elle serait susceptible de changer d’organisation, moyennant des changements minimes. Allier recherche d’éphémère et développement durable : une apparente contradiction parfaitement assumée par Olivier Delhaye.

 

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