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Toao

Anse Amiot 15°48.15’S 148°09.09’W

Toao c’était l’atoll préféré de Laurent Bourgnon. Il y disparaîtra quelques heures après notre départ vers Papeete. J’avais 20 ans quand, souverain, il alignait les victoires en 60 pieds orma… Jamais plus nos routes ne se croiseront, je devais pourtant lui remettre le bonjour de nos amis de Milo. Comme les bateaux restés dans le coin, j’aurais aimé participer aux recherches même si l’issue n’aurait pas été différente, un salut d’honneur en quelque sorte.

Toao c’est aussi la demeure de Gaston et Valentine dont la réputation traverse les océans. A peine arrivés, nous voilà conviés à partager un énorme repas de poisson. Valentine m’explique : “Faut juste faire une salade qui va bien…”! On débarque finalement avec notre salade, quelques toast de pain frais de Fakarava et une bouteille de vin. Un festin s’organise avec les quelques bateaux du mouillage. Gaston, Valentine, quelques amis à eux (des atolls voisins) se joignent à la fête : ils chanteront toute la nuit au son du ukulélé. Bien qu’ils ouvrent parfois leur terrasse en “restaurant”, ce soir et ce week-end, c’est une grande table d’amis qui partagent un bon repas… quel accueil!

La météo sur la route de Tahiti se dégrade, si nous voulons être à temps pour l’arrivée de Thomas, Loulou et Didier, nous devons y aller… Énorme goût de trop peu au moment de quitter l’anse Amiot. Le voyage est parfois empreint de ce sentiment.

A l’aube du 20 juin, nous quittons le mouillage. Une jolie brise nous pousse vers Tahiti sur une mer à peine déformée par une longue houle. C’est une navigation de rêve, la nuit s’annonce paisible… Peu avant minuit, juste a mi-chemin, un front nuageux barre le ciel encore étoilé. En seulement quelques minutes, nos rêves de nuit paisible se transforment en cauchemar. Le vent entamme une rotation à 180°, on est désormais au près serré. La jolie brise se transforme en vent soutenu, les rafales flirtent avec les 40 nœuds. Nous progressons sous deux ris dans une mer courte et de face, les étraves traversant les plus grosses vagues. La fin de nuit, la fin de traversée, seront longues : on avance comme des avions mais toute forme de confort a désormais quitté le bord. Encore 12 heures de craquements, d’explosions d’écume, de rafales. Tahiti se mérite.