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Fakarava

Mouillage des sables roses 16°31.35’S 145°28.35’W
Rotoava 16°03.70’S 145°37.13’W

Notre position dans l’est nous fait approcher par le sud l’un des plus grand atolls des Tuamotus. Le lagon de Fakarava est accessible par seulement deux passes, l’une au nord-ouest, l’autre au sud-est. La passe du sud est mondialement célèbre pour sa concentration unique de requins. Un peu plus de sept cent individus y ont élu domicile : requins pointes noires, pointes blanches, requins gris et quelques citrons. Les plongeurs du monde entiers rêvent de se laisser glisser dans le courant de la passe par 30 mètres de fond…

Première passe un peu technique pour les novices que nous sommes, nous nous y présentons, en bon élève, parfaitement à l’heure (début du jusant). Les lieux sont bien fréquentés, nous croisons dans la passe un MOD 70 (Toe in the water) en route pour Hawaii qu’ils projettent d’atteindre dans 4 jours (en en peu plus de 20 noeuds de moyenne – rien que ça)! Vu de Zorba, on a l’impression qu’ils vont faire du bobsleigh. Une fois dans la passe, le courant pousse à l’intérieur et la mer disparait. A hauteur des premières cabanes, il ne faut pas rater la fourche vers le mouillage des sables roses sous réserve de terminer posés sur le platier de corail. On n’imagine pas encore le spectacle qui se joue sous nos coques. Il faudra encore quelques minutes de slalom entre les patates pour poser notre ancre dans 4 mètres d’eau et sous la protection des motus. Face à nous, de jolis îlots de sables roses et couverts de cocotiers, derrière, toute la gamme des bleus se lâche : du bleu profond au turquoise. Une grosse vague à l’écume déferlante nous dessine un horizon. Nous pensions être blazés des petites îles à coco… voilà que les Tuamotus s’imposent en maîtres.

Sur l’eau, Patricia s’essaye au paddle avec une aisance déconcertante, tandis que je profite de l’alizé soutenu pour plancher. Je suis d’ailleurs devenu l’ancêtre du plan d’eau. Adrien et Ariel, adeptes de kite, riants de bon coeur devant mon matos d’un autre âge! A leurs côtés, j’ai l’aisance d’un éléphant dans un magazin de porcelaine mais sur un sprint, mon horizon reste vierge de cerf-volant. Evidemment Adrien a atteint un niveau que même en imaginant vivre 200 ans je n’approcherai jamais, mais cela ne nous a pas empêché de se faire quelques belles figures en double.

Sous l’eau, c’est de la pure folie! En bordure de passe, les coraux s’étalent comme les plus beaux marchés aux fleurs. De petits bassins permettent aux enfants d’admirer les jolis poissons colorés tandis que les requins rôdent. Avec Gonzalo on est décidés à reprendre nos séances de pêche au fusil-harpon… C’était sans compter sur l’appétit vorace des requins qui ne nous laisseront rien remonter: pas le temps!

C’est aussi grâce à nos amis Gonzalo, Karina et Barbara que nous soufflons nos premières bulles sous la surface. Barbara m’accompagne pour ma première plongée dans la passe, une des plus belles plongées du monde, rien que ça! Descente en sortie de passe jusqu’à 25-30 mètres dans une eau cristalline, on se laisse gentiment porter par le courant vers le lagon. Quelques requins gris tournoient à proximité, puis d’autres apparaissent… Soudain, juste devant nous, un mur de requins! Impossible de les compter tant ils sont nombreux, nous flottons à quelques mètres seulement, sans éveiller de leur part le moindre intérêt. On ne s’en plaindra pas… Les fonds remontent lentement, nous aussi! Le courant nous fait “voler” au ras des patates, je reste vigilant pour éviter l’erreur du débutant : remonter trop vite. Cela ne m’empêchera pas de me retrouver en quelques secondes 4 mètres plus haut que Barbara qui, déjà, agite vigoureusement ses bras pour me faire signe de calmer ma remontée. Un petit palier à 5 mètres et nous voici de retour dans l’atmosphère, me voilà porteur du virus du plongeur. Je n’ai plus qu’une envie, recommencer. Merci Kazaio pour ce magnifique et inoubliable cadeau!

Les enfants ont construit une jolie cabane sur un des motus. Juste à côté de l’emplacement que les parents ont choisi pour le feu… Le soir venu, sur le principe de l’auberge espagnole, les équipages partagent un bout de viande, une langouste ou juste un p’tit verre. Le temps n’a plus d’emprise sur le mouillage et les journées passent sans qu’on s’en aperçoive. Le frigo est le seul indice des heures passées ici, nous devons rejoindre un peu plus de civilisation. Nos rendez-vous à Papeete nous poussent aussi à quitter les lieux avant que d’autres bateaux amis pointent leurs étraves dans le lagon.

Malgré deux ris dans la grand-voile, nous traversons le lagon a bonne allure, juste sous le vent des motus, sur une eau plate comme à Genval. Rotoava au nord de l’Atoll remplira notre frigo le temps d’une courte escale technique. C’est aussi ici que nous trouvons une connexion internet, la seule de l’atoll. Nous quitterons bientôt les Tuamotu, non sans avoir programmé un dernier arrêt à Toao, voisine de Fakarava…