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Taipivai – Nuku Hiva


8°52.86’S 140°02.90’W

Tout à l’Est de Nuku Hiva, ouvert vers le Sud, s’étend une large baie : la baie du contrôleur. Au fond de cette baie, dans l’anse Hakahaa qui se prolonge sur une large vallée, s’est installé l’un des trois villages de l’île, Taipivai.

Si le mouillage n’est très protégé de la houle qui se fait encore ressentir au fond de l’anse, la vallée très marquée permet au vent de nous maintenir face à elle. On est donc mieux installé qu’à Taiohae, sa voisine, et surtout nous sommes seuls… Enfin presque seuls car l’Aranui partage le mouillage avec nous le premier jour. A terre c’est donc un peu l’effervescence. A l’aide d’une baleinière, la production de Copra, les pamplemousses, les citrons,… sont chargés à bord du cargo/paquebot. Les passagers ont été déposés le matin à Taiohae, ils seront embarqués en fin de journée depuis ici. Sur la plage, près du hangar qui abrite les marchandises qui doivent être embarquées, quelques habitants proposent leur artisanat sur une jolie table dressée sous un bel arbre. Il nous faudra encore marcher quelques centaines de mètre pour atteindre le village, le premier des nombreux taxis qui ramènent les touristes de l’Aranui s’arrête et nous propose de nous déposer. Rien de commercial, il s’inquiète de nous voir sur le bord du chemin sachant le traffic et la poussière que vont générer les autres voitures qui s’annoncent… Incroyable, non?

Le village est installé le long d’une rivière et d’une route unique parallèle. Une magnifique église, un pont et un Tohua où chaque fin d’après-midi se tiennent les répétions de chants/danses/percussions pour le prochain concours de juillet. Au son des Pahu (les tambours), du Toere (Bois creux muni d’une fente longitudinale que l’on frappe avec une baguette), instruments traditionnels marquisiens, se sont ajoutés des percussions plus contemporaines. La conque, le vivo et la flute nasale à trois trous ne sont plus d’actualité. Elles étaient pourtant utilisées autrefois. La présence de la flute nasale laisse encore planer le doute sur la réelle origine du peuple marquisien. En effet, à la théorie de population par l’ouest des îles polynésiennes (lointaines origines de papouasie) s’ajoute la théorie qu’il y aurait eu une “invasion” par des peuplades venues d’amérique centrale. Nettement plus avancés dans l’art de la guerre, plus raffinés dans leur production d’artisanat, ils auraient repoussé les “polynésiens” installés dans les riches vallées des Marquises, capturant les femmes pour assurer leur descendance. S’il n’y a pas de consensus sur cette théorie, elle a le mérite d’expliquer le raffinement et l’organisation très élaborée des sociétés marquisiennes et de l’île de Pâques (Rapa Nui), elle même ayant subi la même “invasion”… Nous laisserons les antropologues se déchirer pour profiter au mieux du spectacle de cette jeunesse revivant leurs traditions dans les chants et danses. On dirait que la répétion est ouverte à tous, certains allant et venant au profit d’une danse ou d’un chant. Aux voix très hautes des femmes et à leurs gestes tout empreints de rondeurs répondent les hommes, guerriers, où le chant est proche du râle et la gestuelle sans équivoque sur leur origine. Je passerai un long moment en la compagnie d’un ancien qui tentera de me faire comprendre les suptilités du chant du cochon. Si le message est parfaitement passé, je ne suis pas certain de maîtriser le chant… mais je me suis régalé du moment et les mots de Teiki sonnent encore dans ma tête…