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Spaanse Water (Spanish Water)

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12°04.85’N 68°51.70’W

A.B.C. trois lettres qui marquaient autrefois un territoire néerlandais. Trois lettres pour le nom des trois principales îles des Antilles Néerlandaises : Aruba, Bonaire et Curaçao. Aujourd’hui toutes indépendantes mais toujours sous la protection de la couronne de Hollande et de son armée, elles sont soigneusement gardées. A peine sommes nous entrés dans les eaux de Bonaire que déjà un avion des Coast Gards nous survole de près.

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Nous évitons Bonaire avec l’intention d’y revenir avec ou après la visite de Yuna et Mamily, nous n’y reviendrons pas… Le vent toujours bien soutenu ainsi que la mer courte et abrupte auront raison de notre volonté.
Arrivé juste avant la fin du jour dans Spanish Water, c’est un décor prometteur que nous abandonnons à la nuit. Le mouillage est situé dans un immense lagon dont l’accès depuis la mer est possible au travers d’un étroit canal naturel. L’entrée n’est visible que grâce au complexe hôtelier qui est implanté sur la rive Est et qui se prolonge par un long ponton protégeant la plage. Des habitations (dont certaines très belles) couvrent la partie Nord Ouest du lagon, le reste est laissé à une nature aride et désertique. Indéniablement, le site a du cachet… mais l’enfer est dans le détail.

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Il ne nous faudra pas patienter longtemps avant de prendre la mesure exacte de ce que sera notre séjour ici : long et compliqué. Si d’habitude, les formalités administratives sont une contrainte vite oubliée, Curaçao nous réserve bien des surprises! Alors qu’elles ne sont possibles qu’à Willemstad distante de 15 kms, il faudra que tout l’équipage se présente à l’immigration (ce qui est habituellement mal vu car ailleurs seul le capitaine ou un agent auront droit de mettre le pied à terre pour ces dernières). Bien évidemment, je l’apprendrai sur place après m’être déplacé en bus et avoir traversé la ville et le port à pied depuis la gare des bus. Trajet qu’il nous faudra refaire, durant les heures d’ouverture (soit sous un soleil de plomb), avec les enfants le lendemain. Autre surprise, si nous sommes autorisés à séjourner à Spanish Water pour trois mois au moins (moyennant 10$US), nous y sommes cantonnés! Interdiction formelle de quitter son mouillage sauf nouvelle demande de permis de mouillage, nouveau forfait… et seul quelques autres mouillages sont autorisés et pour maximum 3 jours. Il faut théoriquement revenir introduire une nouvelle demande à chaque fois à Willemstad (Facile!). Nous nous retrouverons très vite en situation irrégulière, le mouillage choisi initialement se trouvant inconfortable dès que les alizés se mettent à souffler au delà de 20 noeuds, situation qui deviendra quotidienne après seulement une nuit.
La baie, même partiellement habitée, n’offre aucun service de proximité. Un urbanisme de type américain, où seule la voiture a droit de cité. Il vous faudra vous rendre en bus (heureusement pas trop compliqué) aux commerces les plus proches pour trouver de quoi remplir votre frigo. Une navette gratuite entre le supermarché et le ponton à annexe facilite un peu la chose, en dehors de cela… rien.

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Si le touriste terrien a droit a quelques bouts de sable, régulièrement nettoyés et soigneusement isolés par de hautes grilles, c’est pour mieux y organiser l’impôt. Chaque occasion est bonne a travers l’île pour vous délester de quelques dollars. Une roche bizarre, un point de vue, une belle plage propre et zou, vous voilà en train de payer pour entrer à tel ou tel parc national. La vérité est que la protection de la nature est bel et bien le cadet de leurs soucis, seuls comptent les éventuels droits d’entrée que l’étranger pourra y verser afin de satisfaire sa curiosité. Passez votre chemin, Curaçao n’a rien à vous offrir, pas même sa minuscule capitale qui pourrait séduire l’espace d’une promenade mais dont le décor accueille régulièrement les 5 à 10 000 passagers des paquebots de croisières avides de souvenirs et de photos colorées.

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Il nous restait l’espoir d’une rencontre agréable, simple voir sympathique… Benh? Bien entendu vous trouverez d’aimables commercants, mais le minimum est de rigueur. La tension latente entre les communautés de l’île, sans être directement perceptible, mine pas mal le relationnel entre nous, blancs et riches, et les autres. Il faut bien avouer qu’à leur place on aurait également eu un peu de mal à accepter ce marché de dupe que leur a proposé la mère patrie : l’indépendance au prix du remboursement des investissements que cette dernière a concédé à Curaçao. Un chantage économique insoutenable qui finira peut-être dans la violence si l’on était pas dans les Antilles. Les fonds privés d’origine européenne trouvent ici matière à investissement en résidences, hôtels et restauration, mais seul le soleil ici est généreux. Et encore, pas toujours.

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Mais, même sur un sombre tableau on peut écrire les plus beaux textes, et fort heureusement, on se régalera de la visite de Yuna et de Mamily. Et voilà notre séjour transformé! Enfin, on y rencontrera aussi Gérard qui navigue seul sur son Ovni. Nous quitterons sans regrets, ni d’y être venus, ni de s’en échapper.

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Bon à savoir :
– malgré l’aspect très contrôlé, nous avons changé de mouillage sans avoir à nous justifier,
– la marina de Ceru Boca est très bien protégée du vent (bien mieux que le mouillage), vous pourrez y séjourner si vous acceptez d’en payer le prix et d’être alors complètement isolés des transports publics… sauf à vouloir traverser le lagon en annexe pour prendre la navette “offerte” aux plaisanciers,
– le long ponton installé face à l’hôtel de Santa Barbara (cela ne s’invente pas!) est accessible à tous de 7h à 22h. Il faudra malheureusement s’installer de manière précaire poupe au ponton mais l’accès à la plus belle plage de l’île est à ce prix. Cerise, une douche d’eau douce équipe la plage! Le vent y est également bien moins fort que dans le lagon et quelques places de la marina y sont disponibles.